Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Mai 1765. Abbeville. François Jean Lefebvre, chevalier de la Barre, a 20 ans. Il est beau, comme pourraient en témoigner les belles qui ont succombé à son sourire.

Il est insolent aussi ! Comme pourrait vous le dire qui l’a élevé depuis la mort de ses parents et qui se désole de le voir se passionner pour les livres sulfureux. On l’a vu remplacer son missel à la messe par des œuvres de Voltaire. Il soutient l’encyclopédie, ce grand ouvrage lancé par Diderot et condamné par l’Église. Bref, le Chevalier de la Barre est un libertin au sens premier du terme, autrement dit un libre penseur. 

1er Juillet 1766

Une charrette traverse les rues d’Abbeville. Dessus. Le Chevalier de la Barre. Il va bientôt mourir. Les mêmes belles qu’il séduisait un an auparavant applaudissent le bourreau qui l’attend. François va mourir parce que six mois plus tôt le tribunal d’Abbeville l’a condamné pour « impiété, blasphèmes, sacrilèges exécrables et abominables » au terme d’un procès inique. Ce qui a déclenché ce procès ce sont deux blasphèmes. Des coups de couteau sur le crucifix d’un pont. Un monceau d’immondices sur une représentation du Christ au cimetière. 

Ces actes ont déclenché un torrent de colère et de haine et l’Église a exigé vengeance. Une enquête bâclée a été menée et on a trouvé les coupables idéals, de jeunes Abbevillois libres d’esprits, qui, d’après les témoignages, seraient tout à fait capables de faire un tel geste. La preuve, dit-on, ils ne se sont pas découverts lors d’une procession. Les jeunes s’enfuient quasi tous. Sauf un. Le Chevalier de la Barre. Il a cru en la Justice. Elle ne l’a pas sauvé. Il a été condamné. Il peine à tenir debout tant on l’a torturé. La charrette s’éloigne. Nous ne l’entendrons pas quand le bourreau lui coupera la langue. Nous ne le verrons pas avoir la tête tranchée. Ni son corps brûler, près d’un dictionnaire de Voltaire qui a été ajouté là pour rappeler que lire ce philosophe mène à l’enfer. Nous ne verrons pas tout cela mais la mort du Chevalier de la Barre doit nous rappeler, des siècles plus tard, que quand les fanatiques tiennent le haut du pavé, on n’est jamais à l’abri de mourir simplement parce qu’on a pensé. Librement.

Le Chevalier de la Barre, tué parce qu’il ne pensait pas comme les croyants
Tag(s) : #Athéisme, #Catholicisme, #secte, #religion, #blasphème
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :